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🇧🇴 1er jour du trek de Maragua

shoupy33
il y a 4 jours
19 min de lecture

07/10/2026

Je me lève à 6h30 comme prévu. Je m'habille, je fais mon sac puis je descends petit déjeuner. Je mange du quinoa, des oeufs et de l'avocat pour ne pas avoir faim dans 2h.


J'ai pris ma poche d'eau de 2L et ma gourde filtrante sans filtre pour l'accrocher à mon sac. J'y ai mis des électrolytes pour m'aider avec l'altitude. J'espère qu'on trouvera de l'eau pour demain, je ne pouvais pas porter davantage. Hier soir, les Belges nous ont dit qu'elles ont eu très peur car elles ont bu tout leur stock le premier jour, et il n'y avait pas d'eau au logement. Elles ont donc dû faire bouillir de l'eau pour le lendemain. Elles nous ont également prévenu qu'il n'y avait pas d'ombre et qu'on devait bien se protéger du soleil.


A 7h30 on est tous en bas prêts à partir et Ionut, qui est en contact avec la personne des colectivos, nous apprend qu'il n'y a pas de colectivos qui part tôt car il n'y a pas d'essence. Il partira seulement à 10h... Cela ne nous arrange pas du tout.


On décide d'aller au terminal de bus en taxi (on les commande sur indrive mais ils n'ont que 4 places), et de voir si on peut trouver un taxi 6 places pour nous emmener au départ de la randonnée, qui est à 1h de route.


Je demande par sécurité à la fille de l'accueil si on pourra rentrer demain si on part aujourd'hui. Elle dit que oui, c'est tous les jours comme ça.


Je fais un dernier pipi et Ionut commande un taxi à l'accueil. En effet l'hostal a un taxi attitré. La jeune fille de l'accueil lui précise que nous sommes 6, et apparemment il est capable de nous prendre tous. C'est parfait.

On attend donc sur le trottoir.


Il arrive à 7h55. Ionut négocie avec le chauffeur pour qu'il nous amène au départ de la randonnée. Et c'est validé ! Nickel ! Merci Ionut ! On monte tous à bord et c'est parti. Il est 8h.


En sortant de la ville on passe un point de contrôle / péage, matérialisé avec une corde que la dame dans la guitoune relâche quand les véhicules sont autorisés à passer. On nous demande d'écrire nos noms sur un papier. J'écris ceux de tous les français qui me les dictent, et je tends le papier à Ionut pour qu'il écrive le sien 😅 Tout le monde rigole. C'était tout de même plus efficient.


Toutes les maisons sont en briques rouges, c'est très beau avec la terre de la même couleur et les montagnes au loin.


Au bout de presque 45min on quitte la route goudronnée pour continuer sur une route de cailloux. Ce n'est pas top pour la voiture.

J'en profite pour mettre de la crème solaire car ça veut dire que nous sommes presque arrivés.


On arrive au départ de la randonnée il est 9h. Parfait. Il y a une église et quelques bâtisses, mais personne en vue. Les toilettes sont également fermées.


Tout le monde se met de la crème solaire et c'est parti. On sent déjà le soleil qui tape.


La vue est incroyable des deux côtés. On commence sur un chemin qui descends, pavé d'énormes cailloux. C'est le chemin de l'inca. Je suis concentrée sur mes pieds et non sur le paysage car je ne veux pas me faire mal, mais c'est magnifique. On voit des déclinaisons de vert foncé, de rouge rouille, d'orange pâle et de gris. Une vraie palette de couleur.


Par contre le soleil tape bien donc on ne voit aucun animaux. Juste quelques oiseaux passer de temps en temps.


A moment donné, il y a eu un éboulement de terrain qui a emporté le chemin de pierres. Le chemin a été refait par dessus, en tassant simplement la terre rouge. C'est rassurant.


On le voit d'en haut avec Émeric et Ionut. Les autres sont plusieurs mètres devant. Quand on les rejoint, ils se sont posés à l'ombre sur un banc. Émeric va pour expliquer ce qu'on a vu mais je le coupe direct. Mathilde a peur du vide donc je ne veux pas qu'elle stresse outre mesure (les personnes anxieuses font du stress d'anticipation en imaginant le pire).


Quand on repart et qu'on y arrive, elle est derrière moi. Je lui dis de respirer et de ne pas réfléchir. Et elle me suit. Et elle ne regarde pas à gauche. Et ça se passe nickel ! Trop forte.


Et on continue à descendre. Ça fait déjà 1h maintenant. On va descendre de 886m en 11,5km. J'ai les jambes qui tremblent donc je fais peu de pauses.


Je suis la dernière de toute façon car j'ai de petites jambes donc je suis plus lente et je prends pleins de photos.


Vers la fin du chemin de l'inca qu'on suit sur ce début de randonnée, je vois pleins de petits cacas quand je marche qui ressemblent à des cacas de lapins. Mais je ne vois aucun animal aux alentours. A ce moment là, je suis avec Émeric et Ionut toujours, et j'exprime ma frustration que nous n'ayons toujours pas vu d'animaux. Et juste à la fin de ma phrase, j'entends bouger dans les fourrés ! Je dis à Émeric de se taire et on se met à chercher des yeux. Émeric le verra et on pense que c'était une viscache ou un chinchilla.


Puis on continue notre chemin. Sur notre gauche, il y a de l'eau qui coule dans une construction en béton ouverte. Ionut y bois directement et rempli sa gourde. Il est fou.


Puis on arrive sur une route de terre et enfin à un premier péage où 6 personnes attendent. Il y a aussi les jeep des tours opérateurs qui sont garées là.


On paie et on continue sur la route. On fait une petite pause snacks avec Mathilde car on a faim. Mais en reprenant la route, on loupe l'embranchement du chemin de randonnée, donc tant pis on descends jusqu'en bas sur la route de terre.


Les couches des roches que l'on peut voir autour de nous sont incroyables. On peut voir les mouvements des plaques qui se sont tordus avec la chaleur. C'est fou.


Par contre c'est tellement aride ici ! On se demande comment les animaux peuvent survivre et les humains y vivre.


On continue toujours sur la route. On arrive à une première intersection et on choisi de faire le chemin avec les points de vue (qui nous ajoutera 5km...). Et sur notre gauche, sur la montagne, on voit bien les strates des différentes roches de couleurs différentes c'est magnifique.


Les autres font une pause snacks. Je recharge une première fois ma gourde avec l'eau que j'ai dans le sac. J'ai donc déjà bu presque 1L et avec Mathilde nous n'en avons emporté que 5.


Puis on continue. A une intersection on prend le chemin qui descend. Il faut préciser que comme d'habitude, il n'y a aucun balisage car ils préfèrent que nous prenions des guides, donc quelques fois on prend le mauvais chemin car la carte n'est pas claire et on doit faire demi tour.


On arrive donc à une station de pompage et le chemin s'arrête. On s'est plantés. Mais la porte de la station est ouverte. Bien sûr, Ionut, qui n'a aucune barrière, rentre dans la station. Puis en ressort. Et derrière lui, un homme sort. On discutera quelques minutes avec lui.


Il pompe dans la rivière l'eau pour Sucre. Mais elle est de plus en plus sèche chaque jour avec l'absence de pluie. Nous l'avions vu. Tout est aride ici.


On fait demi tour et on continue. Arrivés à l'intersection avec le point de vue marqué sur la carte, on décide d'y aller. On quitte la route en graviers et on s'enfonce dans la végétation. Au moins ce n'est pas en altitude. Par contre il fait tout de suite extrêmement chaud.


On arrive à une maison abandonnée avec un magnifique palmier énorme qui fait beaucoup d'ombre. Puis on continue en espérant pouvoir rejoindre la rivière en contre bas. Mais elle est beaucoup trop basse, on ne pourra pas l'atteindre. Et il fait vraiment très chaud dans ces broussailles. On décide donc de retourner au palmier et de se poser dans son ombre pour manger. Il est 12h30.

J'enlève mon pull blanc et mon t shirt et je met tout sur une pierre en plein soleil pour que ça sèche.


Avec Mathilde on prépare notre petite salade de quinoa, concombre, tomates, avocat et oeufs durs. Quand on a finit de la préparer, Ionut et Pierre ont déjà fini de manger haha.


On accompagne ça de tranches de bananes plantain que j'ai grillées hier. Mais c'est beaucoup moins bon, c'est même carrément étouffant. Et on finit par un carré de chocolat au sel. J'ai préféré celui à la coca d'hier. Il faudra que j'en rachète.


Je rempli une nouvelle fois ma gourde. Il reste 1L à se partager avec Mathilde dans la poche à eau. J'ai bu tout le reste et nous n'en sommes qu'à la moitié de la journée... C'est la merdasse.


Après ça, Ionut va taper sa meilleure sieste dans des positions très drôles. Puis je vais me poser à côté de Pierre quelques minutes et tout le monde s'allonge.


A 14h on repart. Il fait très très chaud. J'enlève mon pull blanc que j'avais depuis ce matin pour me protéger du soleil et je mets ma chemise blanche manches longues. Elle couvre moins bien le cou mais ça ira. Je remets de la crème solaire, petit pipi et c'est parti.


Il fait extrêmement chaud c'est fou. Je suis bien contente d'être en clair en haut et d'avoir un pantalon et des manches longues. Mathilde aussi est contente que je l'ai convaincue de se mettre en pantalon et d'amener son short. Elle ne mettra pas du tout son short des 2 jours.


Et on croise une madame en sens inverse sur la route avec son chien posé à l'ombre. C'est la première personne que nous croisons depuis un moment. Ionut la prend en photo. Elle demande de l'argent en échange.


Puis nous arrivons à des bâtisses abandonnées. En face de moi, je vois un robinet sur un mur. Je fonce dessus car nous avons clairement un problème d'eau. Mais rien n'en sort. C'est à ce moment là que Ionut apprend qu'il n'y a pas d'eau là où nous allons (je pensais l'avoir écrit sur le groupe WhatsApp que nous avons créé pour le trek, mais visiblement non).


Nous continuons sur la route et nous voyons de l'eau couler sur le chemin. Il y a une source sur la gauche mais elle ne semble pas très propre donc on ne remplira rien. Et on continue.


Et au bout d'un moment, nous voyons en face de nous Mathilde, Sandrine et Pierre revenir en sens inverse. Ils ont croisé une personne qui leur a dit que nous nous sommes plantés de route. Nous regardons la carte et effectivement, aux bâtisses il fallait tourner ! Mais j'ai vu le robinet et après je n'ai pas pensé à regarder la carte.


Nous faisons donc demi tour. Je pense que nous avons bien fait 1km de plus. Revenus à la source, Ionut rempli ma bouillotte qui est vide. On ne sait jamais. On la fera bouillir.

Mathilde en profite aussi pour remplir sa gourde filtrante. Elle est trop drôle. Il y a 2 jours elle était anxieuse à l'idée de l'utiliser et de tomber malade malgré tout. Et là, elle l'a remplit à tous les cours d'eau que l'on trouve, même troubles avec des nageurs.


Puis on continue et aux bâtisses on tourne à gauche. On voit au loin une autre personne et ses deux chiens qui nous aboient dessus. J'ai peur. Mais Ionut arrive à les toucher donc pas de problème.


On se dirige droit vers la rivière. Et quand on y arrive, en fait il y a un pont en bois complètement déglingué et de guingois, et une petite madame qui attend assise devant pour nous faire payer et nous donner un ticket. Nous sommes les seuls marcheurs qu'elle a vu de la journée, et elle attend là tous les jours. Et elle nous apprend qu'il n'y a pas d'eau aux alentours, il faut prendre l'eau de la rivière. Nickel...


On apprendra plus tard que le chemin sans les points de vue ne passait pas par ce pont mais par un pont neuf.


On passe le pont non sans avoir peur. À un endroit, il penche vraiment dangereusement sur un côté. Sandrine en perd même sa tong. Mais Émeric va la chercher car la rivière est minuscule donc il peut marcher dans les rochers pour atteindre la tong qui n'est pas tombée dans l'eau.


De mon côté je commence à me sentir très faible. La chaleur n'aide pas.


Et on commence l'ascension de ce premier jour. On va monter 339D+ pendant 4km sur les dernières heures. Et il fait très chaud.


Ça commence à flanc de montagne avec vue sur une cascade. Puis dans les rochers en plein soleil. Là, c'est vraiment difficile. Avec Sandrine et Mathilde, on fait beaucoup de pauses. C'est très dur. Je n'ai aucune énergie. Avec l'altitude je n'arrive pas à respirer. J'essaie d'économiser mon eau.


Au bout d'un moment, je fais une pause et je mange une banane. C'est vraiment très éprouvant.


Je remet clairement en question la journée de demain. Celle ci est censée être la plus facile. Et je suis vraiment très en difficulté. Quelle idée j'ai eu de me lancer là dedans ! J'ai clairement perdu toute mon acclimatation et mon cardio gagné au Pérou avec mes 3 mois au Brésil. J'aurai dû commencer plus petit ! 18km c'est trop pour moi. 14km max par jour c'est très bien.


Et quand on arrive à un nouvel endroit où on perd le chemin, tout le monde s'arrête. Je suis la dernière à arriver. J'ai énormément de mal à respirer. Et on me demande où on va... Et je pète un câble. En effet, hier lors de la préparation, j'ai dit à tout le monde de télécharger la carte, au cas où on se sépare. Et à chaque embranchement, ils demandent où on va. Ce sont des assistés ! Merde ! Je ne suis pas en état ! (Ça ne changera rien ils feront la même le lendemain). J'ai des reminiscences du travail haha. Mais j'étais aussi clairement épuisée et à bout de forces et je n'avais plus aucune patience.


Puis ça devient un peu plus plat. On se trompe à nouveau de chemin et on doit faire demi tour. On devait passer des ruines, mais le chemin était fermé par des bouts de bois pour empêcher les animaux de passer donc on a pas osé y aller.


Puis on voit au loin une dame avec ses moutons et chèvres sur le chemin. On se dirige vers elle. Elle est magnifique avec sa tenue traditionnelle, et tout en marchant elle file du fil rose fushia sur un fuseau qui monte et qui descend. Ce contraste avec cette couleur flamboyante est incroyable. Je vais d'ailleurs lui dire que cette couleur est très belle.


Et juste après ça, je ne comprends pas ce qui se passe, Mathilde est un peu plus loin devant moi, fait demi tour vers moi et se met à pleurer.

Je comprends alors qu'il y a un problème avec un endroit où c'est à pic. Mais je n'ai pas encore vu. J'essaie de la rassurer comme je peux. Mais j'ai envie de pleurer aussi quand je vois quelqu'un pleurer haha.


Je demande à la dame s'il y a un chemin plus bas ou plus haut. Je descends même sur quelques mètres. Mais il n'y a rien.


Les moutons de la dame ont déjà traversés. Elle nous passe à côté, voit bien le problème et s'engage sur le chemin. Je la regarde faire. Je vois donc l'étendue des dégâts. Il y a eu un éboulement d'une partie de la montagne. Le problème c'est que dessous, c'est du sable noir grossier, du coup, impossible de refaire le chemin. Il faut marcher dans le sable qui s'enfonce et créer le chemin. Elle nous montre comment faire en enfonçant bien ses pieds à chaque pas.


Je dis à Mathilde de regarder comment elle fait. Ionut, Pierre et Émeric lui parlent tous en même temps et élaborent des projets pour la faire traverser en sécurité. Elle n'écoute pas, elle n'est pas capable. Elle regarde la dame.


Je lui dis que même si elle tombe, elle glissera seulement avec les graviers. Elle ne pourra pas chuter de plusieurs mètres où se blesser. Je lui demande alors si elle veut qu'on se pose un peu pour respirer, ou si elle veut y aller maintenant. Et elle se décide. De toute façon on a pas le choix.


Mais son sac la déséquilibre. Elle l'enlève donc et je le donne à Pierre. Puis Émeric et Ionut la prennent en charge. Émeric est devant elle et lui tient la main en l'encourageant. Ionut est sur le côté pour qu'elle ne voit pas le vide. Sur la fin du chemin, la dame aux montons, qui s'appelle Catalina, trace même le chemin avec une sorte d'écuelle. Elle est vraiment adorable.


De mon côté je ne suis pas non plus rassurée. Pierre passe devant moi et me tient le bras. Je m'appuie sur la paroi à ma droite comme je peux en enfonçant ma main dedans pour ne pas être penchée vers le vide. Sandrine est derrière moi et me parle. Et on avance petit à petit.


Une fois de l'autre côté, on se retourne. On voit mieux de ce côté là que c'est tout le haut de la montagne qui s'est effondré. C'est abusé.


En tout cas nous sommes une belle équipe. On déconne et on rigole tout le temps, mais dans les moments difficiles, personne ne se moque et tout le monde aide. C'est très beau.

Et c'est ça le voyage solo. Faire confiance à des inconnus et savoir quand sa peur est légitime ou non. Mathilde a été incroyable. Elle a franchit ce passage tout en pleurant. Elle peut être fière d'elle !


Après cette partie à nouveau stable, il y en a encore un petit mais ça va mieux. Pierre m'aide quand même sur la portion où nous ne sommes pas du tout stable.


Puis Mathilde fait un selfie de réussite en pleurs haha. Nous l'avons fait ! Je pense que seules ça aurait été beaucoup plus compliqué et nous aurait pris beaucoup plus de temps.


Puis Ionut demande à Catalina si elle a du lait à vendre, car nous n'avons toujours pas trouvé d'eau. Mais elle n'en a pas.


On continue notre chemin. Le soleil est beaucoup moins fort, c'est plus simple. Et c'est moins pentu. Le plus dur est passé.


On fait une pause juste avant un petit troupeau de vache que l'on peut voir au loin. On enlève tous nos chaussures pour enlever les cailloux qui sont rentrés dedans suite au passage de l'éboulement. On mange des pommes.


Et à moment donné, je constate le silence autour de nous, et on reste là quelques minutes sans aucun bruit. Même pas d'oiseaux. Juste le vent. C'est incroyable.


Par contre très vite Mathilde est inconfortable. Elle sort son téléphone. Puis elle entend Pierre bailler et elle fait un commentaire, se lève et c'est finit. Le charme est rompu. On reprend la route.


On passe les vaches et on retourne sur le chemin. Et on voit un énorme puit d'eau avec un tuyau qui coule et dont l'eau semble limpide ! On s'arrête tous et on rempli toutes nos gourdes vides disponibles. On fera bouillir ce soir. On est tellement heureux d'avoir de l'eau !


Ionut en boira même directement à la source (mauvaise idée, il le paiera). J'ai versé le reste d'eau propre de la poche dans ma gourde et dans la bouteille de Mathilde et j'ai bu ce qui restait. Ça m'a fait trop de bien alors que je me retenais depuis un moment. Et j'ai rempli la poche de cette nouvelle eau "sale" au max ainsi que ma bouillote. Soit plus de 3L.

Par contre, du coup, mon sac est beaucoup plus lourd.


Et une truie, qui était dans le champ en face de nous quand nous sommes arrivés, vient faire sa curieuse. Je pense qu'elle cherche surtout à manger. Et on se demande alors comment les animaux boivent car nous avons vu tous les cours d'eau qui sont censés se jeter dans la rivière complètement asséchés, et aucun point d'eau pour eux.


On lui donne nos déchets de ce midi. Elle mange les peaux de banane mais pas la peau d'avocat.


Puis un chien arrive et reste à quelques mètres de nous. Lui aussi a faim.


Après avoir rempli tous nos contenants on repart. Il est 17h et il ne nous reste plus beaucoup de temps de soleil.


J'ai demandé à Mathilde, la seule qui capte du réseau, d'écrire à notre hôte pour le prévenir qu'on était en route et qu'on venait toujours. Car il est déjà tard.


On remonte encore le chemin puis on arrive enfin à une route de graviers. Ça sent la fin. Ce sera ça jusqu'au péage (où il n'y aura personne) puis au village de Maragua. Et on voit en face de nous les formations rocheuses du cratère que nous voyions de loin quand nous avons démarré la randonnée ce matin.


Petit point d'information : le cratère de Maragua est une formation géologique remarquable. Et malgré son nom, il ne s’agit pas d’un cratère volcanique mais d’une dépression naturelle façonnée par la tectonique et l’érosion.


Pour comprendre son histoire, il faut remonter au Crétacé supérieur, il y a environ 65 à 70 millions d’années. À cette époque, la région était une vaste plaine alluviale et lacustre où se déposaient des sédiments comme des argiles, des grès et des limons. Ces couches se sont accumulées sur des millions d’années, puis se transformant en roche sous l'effet de la pression des nouvelles couches supérieures, créant une base géologique riche et variée.


Lorsque la cordillère des Andes a commencé à se soulever, surtout au Miocène entre 20 et 10 millions d’années, les forces tectoniques ont comprimé et plissé ces couches sédimentaires. Ce plissement concentrique est à l’origine de la forme circulaire en spirale que l’on observe aujourd’hui. Comme du papier qui se plie en accordéon sous la pression. L’érosion par l’eau et le vent a ensuite accentué cette dépression, sculptant un amphithéâtre naturel spectaculaire.


Mais alors me direz vous, pourquoi trouve t-on également des roches volcaniques parmi les grès et les argiles ?

Ces dernières ne proviennent pas d’un volcan local mais des épisodes volcaniques régionaux du Miocène, liés à la subduction de la plaque Nazca sous la plaque sud‑américaine. Les volcans de la Cordillère occidentale et orientale ont produit énormément de coulées de lave et de dépôts pyroclastiques à cette époque, qui se sont superposés aux strates sédimentaires. Avec le temps, l’érosion a mis ces roches en surface.


Les couleurs du paysage sont dues à la composition minérale des strates. Les teintes rouges et jaunes proviennent des oxydes de fer, les blancs des argiles plus claires, tandis que les roches volcaniques sombres comme les basaltes et les andésites contrastent fortement avec les sédiments. Ce mélange de couleurs et de textures donne au cratère son aspect multicolore et presque irréel.


Aujourd’hui, Maragua apparaît comme une vaste dépression elliptique entourée de crêtes colorées. Depuis les hauteurs, on distingue nettement les couches plissées qui s’enroulent en spirale, témoignant des forces tectoniques qui ont façonné la région. Le site est donc un véritable laboratoire géologique à ciel ouvert, où l’on peut lire directement l’histoire de la formation des Andes et des épisodes volcaniques qui ont marqué le Miocène.


Tout ça est incroyable. Avec Émeric on est passionnés.


On longe encore des champs vides avec au loin le "village", puis on arrive à une intersection. En face de nous, c'est une option vers une grotte avec une cascade. Et à droite c'est le chemin vers le village et le refuge. Personne ne me laisse finir mon offre et on tourne tous à droite.


On entre dans le village. Puis à moment donné je vois des lamas sur la droite ! Incroyable, je n'en ai pas vu depuis le Pérou ! Je m'extasie et je les montre aux autres. Et c'est alors que je vois un panneau sur la droite des lamas, mais je ne peux pas lire d'ici. Et personne ne peut. Et en regardant en face sur le chemin que nous suivons, nous voyons un autre panneau avec une flèche qui indique le nom de notre hostal, et indique de tourner à droite. Les filles l'ont dépassé et ne l'ont même pas vu. Nous les appelons et nous tournons.


A ce moment là, une petite fille arrive en face et nous fait signe. C'est la fille de notre hôte. Elle nous amène jusqu'à chez elle. Il est 17h45.


On a marché 21km en 8h45. Avec 886D- et 339D+ .

J'ai fait 36 000 pas. Mathilde en a fait 6000 de moins que moi 😅


Nous entrons. Les toilettes sont à l'extérieur. Il y a une douche mais pas d'eau courante. Pour tirer la chasse, on prend l'eau dans un bidon extérieur qui doit être de l'eau de pluie à l'aide d'un seau, et on verse l'eau dans la cuvette pour évacuer.


Dans la salle où nous dormons, il y a 12 lits et une grande table. C'est tout.


La jeune fille amène une bouilloire et met de l'eau à chauffer. Elle va nous faire du thé. Elle nous informe que le repas est à 20h et le petit déjeuner à 7h30. Nous négocions pour qu'il soit plus tôt. En effet, nous avons marché 21km aujourd'hui en 8h45, demain c'est 19km avec une belle montée, donc on va mettre au moins 6h. Et le dernier colectivo pour Sucre est à 14h au village de Potolo que nous devons rejoindre... Donc il faut que l'on parte tôt. En plus, ça nous permettra de profiter de la fraîcheur du matin.


Elle a l'air vraiment réfractaire à le faire plus tôt, et on arrive à la faire céder pour 6h30. Puis elle s'en va et on ne reverra personne avant 20h.


On se sert nos thés dans les tasses qu'elle a amené, on desserre nos chaussures et on va se poser dehors regarder le ciel changer de couleur. On est encore en capacité de rire, c'est que tout va bien.


Ionut s'amuse avec une poule. Je pense que le rapport aux animaux n'est pas le même en Roumanie et en France.


Quand il commence à faire plus frais on rentre.

Je me débarbouille avec l'eau de pluie et je me mets en pyjama. Je mange quelques chips de banane plantain car j'ai la tête qui tourne quand je me lève. Et je continue à boire de l'eau.


Tout le monde choisi son lit, comme des enfants. Ils les testent d'ailleurs tous haha. Je prends celui avec la couverture lama.


Puis je m'allonge dans le lit me reposer un peu et commencer à rédiger ma journée. De toute façon tout le monde est plus ou moins dans son lit et Mathilde est sur son téléphone.


Pierre s'endort. Ionut fait bouillir toutes les eaux que nous avons récupéré à l'aide de la bouilloire. Trop gentil. Il me fait d'ailleurs ma bouillotte et je la mets sous les couvertures pour qu'elle soit encore chaude quand j'irai me coucher.


A 20h pile, la jeune fille revient avec les assiettes de nourriture, les pose sur la grande table et s'en va. Ce sera tout. Nous n'avons même pas eu le temps de lui demander si c'était possible de faire le petit déjeuner à emporter, ou s'ils ont de l'eau à vendre. Du coup, on écrit un SMS à notre contact pour demander (heureusement que Mathilde a du réseau). Et ils vendent effectivement de l'eau, de la bière, des biscuits... Mais pourquoi elle ne nous l'a pas dit avant ! Pour la bière du coup c'est trop tard, mais on achète 4 bouteilles d'eau de 2L et un paquet de biscuits. On est sauvés !


Le repas est très simple : du riz blanc, une pomme de terre cuite à l'eau et de la viande de soja dans une sauce. C'est très mastoc. J'y ajoute des bananes plantain que nous avons faites cuire hier. Je suis la dernière à terminer de manger et je ne finis même pas mon assiette. J'aurai bien mis davantage de sauce.


Et c'est le papa qui vient nous amener l'eau et les biscuits. Et on peut discuter avec lui du programme de demain !

Il nous dit que demain matin à 6h30 il fera très froid, donc on ne voudra pas se lever. C'est pourquoi ils font le petit déjeuner à 7h30. Mais on lui explique la problématique du colectivo, et il nous dit que c'est faux, il y en a toute la journée, jusqu'à 18h30 ! Et que demain on a beaucoup moins de marche qu'aujourd'hui. Max 5h. What ? Ça remet tout en question.


On décide donc de prendre le petit déjeuner à 7h et de prendre notre temps pour monter. Au pire, on a le numéro du taxi qui nous a amené à l'aller, ou on peut dormir à Potolo la ville d'arrivée et repartir le lendemain pour Sucre. On remercie chaleureusement Aniceto. Et on se jette sur l'eau pour se rassasier.


Puis on va se brosser les dents. Je rempli ma poche à eau avec l'eau que Ionut a faite bouillir puis je vais faire pipi.

Quand je reviens dans la salle commune, tout le monde est dans son lit. J'éteins la lumière et je vais me coucher. Il est 21h.


Je vais me coucher avec ma bouillotte et je prends des notes de la journée pour ne rien oublier. Celle de demain sera aussi chargée. A 21h30 j'éteins.


J'espère vraiment que demain ça ira, car aujourd'hui avec la chaleur et l'altitude je n'avais plus du tout d'énergie après le repas. L'ascension a été très compliquée.

A ce moment là, j'avais très peur pour la journée de demain. Mais je suis rassurée s'il dit qu'il y a des colectivos toute la journée, et que l'ascension de demain est beaucoup plus facile que celle d'aujourd'hui.


Mais dorénavant je connais ma limite, et 14km dans la journée c'est le maximum. Après ça il n'y a plus de plaisir.




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