L'église de Chamula
- shoupy33
- 6 déc. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 déc. 2025
04/12/2025
J'ai trop mal dormi cette nuit, j'ai eu très froid. Je n'ai pas osé me relever pour me faire une bouillotte car tout le monde dormait et elle était dans mon casier.
Réveillée 7h30. Belle grasse matinée 😅
J'ai mal au ventre. J'ai mangé trop de gluten hier soir 😅 Du coup je vais éviter les pancakes ce matin 😢
Le couchsurfing que j'ai contacté hier et à qui j'ai proposé d'aller à l'église Chamula m'a répondu. Il s'est démerdé pour être disponible ce matin et m'amener en voiture. Trop sympa ! Nous avons rdv juste à côté de mon auberge à 10h30.
Levée 9h. Lavage de face. Thé sur la terrasse pour enfin se réchauffer au soleil. Une poignée de corn flakes. Un peu de discussions, brossage de dents et c'est parti.
Jafet m'informe qu'il va retourner voir la fille demain (qui visiblement s'appelle Sofia) et me demande comment il doit s'habiller et s'il doit mettre sa casquette ou non 🫶🏻
Bien sûr mon Couchsurfing à 10min de retard haha. Sinon il ne serait pas mexicain.
Nous allons donc à Chamula. Nous discutons sur la route. Il a vécu 4 ans en Europe et 6 mois en France. Il a 2 fils de 7 et 9 ans. Il est kiné.
Il m'explique que le Chiapas est un des Etats du Mexique avec le plus de gens défavorisés. De plus, les lois fédérales ne s'appliquent pas ici donc c'est d'autant plus compliqué de bénéficier des avancées comme les autres états. Il y a encore quelques années ils ont dû se battre pour abolir une forme d'esclavage qui était encore pratiquée par les gens riches (jusqu'en 1970!).
Chamula est un village très indépendantiste. Les gens d'ici, les indigènes comme communément appelés, sont connus pour avoir des valeurs prononcées et les défendre.
Arrivés sur place nous trouvons difficilement un parking car il y a beaucoup de monde. Les femmes sont habillées avec la jupe noire traditionnelle en poils de mouton avec de longs poils. De manière générale j'ai constaté qu'à San Cristobal les femmes sont beaucoup habillées en tenue traditionnelle.
Puis il me paye le billet d'entrée pour l'église.
Et nous rentrons. Ici les téléphones sont interdits, ce n'est pas une représentation, ce n'est pas un show. Nous sommes invités et nous devons le respecter.
(J'explique tout ce qui se passe dans l'église, donc ceux qui prévoient de venir et veulent ka surprise, ne lisez pas !).

Première impression il fait très sombre. Il y a peu de gens, je m'attendais à davantage de monde. Et surtout, il n'y a pas de bancs comme habituellement, pas de vitraux, pas d'autel, les murs sont gris et nus, le plafond, très haut, est noir de suie. Il y a quelques tentures qui partent du plafond et vont sur les murs. Et le long des murs il y a des boîtes en bois, pour le moment je ne vois pas ce qu'il y a dedans.
On s'avance. Je marche sur des jeunes branches de pin. Elles recouvrent entièrement le sol. Hugo m'explique que c'est traditionnel ici. Pour son anniversaire, s'il faisait une grande fête, il y aurait aussi des jeunes branches de pin sur le sol. Cela représente la nature.
Il y a beaucoup de bougies partout. Davantage que dans une église européenne. Il y a des tables entières remplies de bougies sur les côtés de l'église. Il fait chaud. Ça sent aussi l'encens. Hugo m'explique que lors des grandes fêtes, il y a 10 fois plus de bougies que ça. Et je trouve ça déjà impressionnant.
Puis je vois 3 hommes qui en soulèvent un autre par les jambes et les bras. Je pense qu'il a fait un malaise. Ils essayent de l'amener vers la sortie. Puis je vois qu'il a les yeux ouverts et est conscient. Et qu'il a une bouteille d'alcool presque vide dans le pantalon. Hugo m'explique que pour être proches de dieu, les personnes boivent de l'alcool en grande quantité lors des rituels. Visiblement ce jeune homme est sou. Ils mettrons plusieurs minutes à réussir à le sortir.
Nous avançons dans l'église. C'est comme une grande pièce avec du marbre au sol recouvert de branches de pin, avec des groupes de personnes assises au sol ou agenouillées autour de bougies.
Hugo m'explique que les gens et les familles viennent ici et parlent à dieu comme quelqu'un de la famille. Et ils lui disent ce qu'ils ont à lui dire. Ils le remercient ou ils l'engueulent. Ils pleurent, ils rient, ils crient. Ils expriment ce qu'ils ont sur le coeur. Ils parlent dans leurs dialectes. J'ai eu la chance d'en entendre deux différents lors de cette visite.
Les familles viennent ici avec leurs bougies. Elles les fixent sur le sol en ligne et elles prient. Il y a donc plusieurs groupes de personnes, ou même des personnes seules, à plusieurs endroits. Il n'y a pas de règle sur où se placer. Il n'y a pas de règle sur le temps que cela doit durer. Certaines personnes restent la journée entière. L'église appartient au peuple. Je trouve ça extraordinaire. Je n'ai jamais eu ce sentiment ailleurs. Il n'y a pas de dorures il n'y a pas d'extravagance ou de supériorité.
Un grand groupe est au sol dans un coin. Des femmes, des hommes, des enfants. Des vieux et des jeunes. Ils se sont entourés de châles pour ne pas être dérangés. Ils forment une sorte de clan autour des bougies. Ils boivent, ils rient. C'est un moment particulier pour eux. C'est très personnel. Et j'ai la chance d'assister à ça.
Les gens me sourient ou ne me regardent pas.
Ici ce ne sont pas des prêtres ce sont des shamans. L'église catholique officielle n'officie plus dans cette église. Si on souhaite, ils peuvent enlever nos maladies ou nos problèmes. On boit une boisson d'une certaine couleur en fonction de ce qu'on veut traiter. On amène un poulet. Il récite une prière, passe le poulet autour de la personne et le tue en sacrifice.
Dans les boîtes en bois le long des murs ce sont tous les saints. Ils sont habillés de vrais vêtements, pas comme en Europe, et ils ont un ou plusieurs miroirs autour du cou pour se protéger.
Il y a des personnes qui nettoient, enlèvent les bougies quand elles sont terminées, enlèvent les branches de pin trop proches pour empêcher un départ de feu (l'église a déjà brûlé plusieurs fois), nettoient le sol.
Un attroupement de personnes est devant une représentation de la vierge Marie. Il y a des hommes avec un long manteau de poils de mouton blanc, et des femmes avec la jupe noire traditionnelle. Ils recitent des prières. Hugo m'explique que les gens portent des tenues différentes selon d'où ils viennent. Puis ils se dirigent vers l'entrée, se retournent vers le fond de l'église, disent une nouvelle prière et sortent. C'est une procession pour la vierge de Guadalupe je crois.
Quand on est au fond de l'église, dans le noir, éclairés seulement par les bougies, c'est assez impressionnant ce que l'on ressent.
Beaucoup de respect pour ce peuple qui continue les anciens rituels, qui trouve un endroit pour exprimer ses émotions, qui a quelqu'un vers qui diriger sa colère ou sa tristesse. Avec la fumée des bougies et l'encens il fait chaud, il n'est pas difficile de respirer mais c'est différent et ça pique les yeux.
Quand nous reviendront vers l'entrée avec l'air frais je vais clairement sentir la différence !
C'était un moment hors du temps, plein de respect pour ces traditions mayas tzotziles qui perdurent et ces gens qui ont choisi de faire collaborer la religion imposée par l'envahisseur catholique et leurs traditions ancestrales. Ils ont résistés.
Puis on va voir le cimetière. Il est au milieu de la ville. Les tombes paraissent toutes fraîches. Elles sont seulement des monticules de terre rouge orangée. Elles sont très proches les unes les autres donc il est difficile de se déplacer dans le cimetière. Ils ont des couleurs de croix différentes selon l'âge de la personne décédée. Toutes les tombes ont des branches de pin séchées mises sur les croix. Elles sont de la même couleur que la terre. Ça rend tout ça très beau. Les branches de pin ont été placées là pour la fête des morts le 2 novembre.

Nous nous rendons dans l'ancienne église qui est au milieu du cimetière. Elle a été abandonnée car les espagnols quand ils sont arrivés ne l'ont pas trouvée à leur goût donc ils en ont construit une ailleurs.

Puis nous partons direction le village de Zinacatan. C'est le village des fleurs. Nous visitons l'église qui est remplie de fleurs. Ce n'est pas la même ambiance que Chamula.
Puis nous visitons un magasin de tissus locaux très beaux.
Hugo a été traducteur pour des groupes de touristes donc il connaît les bons coins à touristes 😅
Puis nous finissons par le point de vue sur la ville de san Cristobal, juste à côté de mon auberge. La vue est très belle.



Il me laisse là car il doit aller chercher son fils à l'école et le faire manger. Puis le confier à ses parents pour l'après midi.
On convient de se retrouver à 15h en ville.
Je retourne à l'auberge manger car j'ai très faim. Je retrouve Sophie et on échange sur nos ressentis sur l'église, qui sont similaires. Elle est reconnaissante d'avoir le complément d'Hugo car sur internet on ne trouve pas beaucoup d'informations.
Puis elle part. Elle a son avion à prendre, retour au canada 😢
Mais arrive alors une nouvelle personne, c'est Marie, la Belge que j'ai rencontré à Puebla ! Nous discutons jusqu'à mon départ.
A 15h je rejoins Hugo à la Cathédrale. Nous allons dans le nord de la ville nous poser dans un petit jardin pour boire un verre. Nous discutons d'art et de la vie. Ils sont 6 enfants dans sa famille. Avec seulement 8 ans de différence entre le plus âgée et les plus jeunes (jumelles) !

Puis nous migrons dans un petit restaurant pour manger des chilaquiles. C'est très bon et la dame est très gentille. Nous parlons politique 😅


Puis nous allons voir une autre église, très belle, et visiter le musée du textile (nous croisons Marie juste devant).




A 18h nous nous séparons car j'ai mal au ventre. C'est trop triste car il est trop cool, c'était une trop bonne journée !
Je retourne à l'auberge et admire la couleur du ciel. Je me pose dans la chambre et rédige ma journée.

J'ai des messages vocaux de Rebecca, l'allemande rencontrée hier lors de la sortie au canyon, qui me donne son feedback pour l'auberge à Palenque car je voulais aller dans la même qu'elle mais j'avais peur des commentaires quelque fois négatifs des clients, et qui m'a envoyé des photos de contact de personnes pour le transfert au Guatemala. Trop gentille !
Vers 20h je descends dans la salle commune pour manger. C'est au tour de Sacha de partir prendre son bus pour Oaxaca. Nous discutons avec les autres jusqu'à 22h. Je donne ensuite des conseils à Isaac, un des gérants, pour améliorer son planning de repas et les équipements des chambres 😅
C'est vraiment une très bonne idée de proposer les repas du soir en communauté, ça permet de rencontrer les autres clients, de programmer des activités ensemble et de faire du lien.
Dodo 23h.



Expérience surréaliste dans l'église 😐