🇧🇴 Tarabuco
04/10/2026
Je suis réveillée à 6h avec le soleil. Je reste au lit profiter jusqu'à 6h45 puis je me lève et je vais grignoter des graines et prendre un thé.
Aujourd'hui nous partons à Tarabuco, un village à 1h de Sucre, pour le marché du dimanche. Apparemment il est très grand et réputé. On verra ce que ça donne.
A 8h je monte me préparer dans le dortoir. Je ne sais pas comment m'habiller car on sera beaucoup plus haut qu'ici (3300m d'altitude) mais avec le soleil il fait chaud.
A 8h30 je suis prête. On part avec deux Belges, Malo et Clara, qui ont vu notre message sur le groupe WhatsApp de l'hostal hier soir. Elles sont en train de se faire un petit déjeuner donc on attend qu'elles soient prêtes et c'est parti.
Je commande un taxi sur indrive car le départ des colectivos est un peu loin.
Quand on arrive au départ, il y a un collectivo plein qui part sans nous. Un second prend sa place. Il y a déjà des personnes dedans, une famille de 8 personnes. La rangée de 4 sièges au fond est libre, parfait, on s'assoit dessus. Et la vie des colectivos commence. Ils chargent une énorme valise et un lit sur le toit. Tout le monde discute. Une dame vient vendre des trucs à manger.
Il est 9h quand on décolle. C'est parti pour 1h de route.
Et je constate encore une fois qu'il y a beaucoup de péages en Bolivie.
La Bolivie possède l'une des géographies les plus extrêmes au monde : des routes sinueuses perchées à plus de 4 000 mètres d'altitude dans les Andes, jusqu'aux pistes boueuses de la jungle amazonienne, en passant par des zones inondables comme les immenses déserts de sel. À cause des glissements de terrain fréquents et des pluies diluviennes de l'été austral, l'asphalte et les pistes en terre se détériorent à une vitesse folle. L'entretien de ce réseau demande des moyens colossaux.
Le budget national de l'État ne suffit pas Ă couvrir les frais d'entretien d'un tel rĂ©seau. C'est pourquoi l'agence gouvernementale VĂas Bolivia a Ă©tĂ© créée. Sa mission principale est de collecter ces pĂ©ages afin de rĂ©injecter directement les fonds dans la conservation et la rĂ©paration du rĂ©seau routier principal (la Red Vial Fundamental). L'argent rĂ©coltĂ© (qui doit toujours ĂŞtre payĂ© en espèces) sert littĂ©ralement Ă boucher les nids-de-poule et Ă dĂ©blayer les routes après les Ă©boulements.
En plus des péages officiels de l'État, il arrive fréquemment que, sur des pistes reculées, les habitants tendent une simple corde en travers de la route pour demander quelques bolivianos. L'État n'ayant pas toujours les moyens d'entretenir les chemins secondaires, ce sont parfois les syndicats locaux, les paysans ou les communautés indigènes qui louent eux-mêmes des pelleteuses pour rendre les pistes praticables. Ce péage informel leur permet de rembourser les travaux.
Enfin, l'impression de quantité vient aussi de la méthode : le système bolivien est très rudimentaire. Au lieu d'avoir un système de ticket d'entrée et de sortie sur plusieurs centaines de kilomètres comme chez nous, les routes boliviennes sont tronçonnées par de multiples petites guérites où l'agent lève la barrière à la main après avoir perçu la monnaie.
Nous sortons très rapidement de la ville et sommes entourées d'un paysage aride de vallons. On voit très régulièrement des vaches, des biquettes et des moutons. Pas de lamas je suis déçue.
Et on commence à monter. Par contre le van a beaucoup de difficultés dans les montées. Et je commence également à sentir l'altitude entre mes deux yeux. Je ne m'attendais pas à ça.
On arrive à Tarabuco à 10h15. Il fait très beau. Le van nous pose au milieu de nulle part c'est très bizarre. Nous sommes dans une rue de terre battue. Les maisons sont en briques rouges sans enduit. Il n'y a personne. Je demande où est le départ pour le retour, et il m'indique une rue. Il me dit que c'est la même rue pour aller au marché. Parfait.
On fait 2 mètres et on tombe sur une énorme truie noire allongée avec 4 porcelets. Ils sont trop choux. Elle ne bouge même pas quand on passe à côté.
On s'engage dans la rue mentionnée et on la descend. Il semble y avoir de la vie en bas.
Puis le van arrive derrière nous, le conducteur baisse sa vitre et nous dit qu'il sera là à 13h pour repartir. Je pense qu'il est trop content d'avoir une famille de 8 personnes et 4 autres touristes. Ça lui remplit le colectivo et surtout on ne fait pas d'arrêt entre les deux villes donc c'est plus rapide.
On continue à descendre la rue et une dame nous propose d'utiliser des toilettes. Ça tombe à pic.
Et je constate qu'il y a beaucoup de gens qui ont de l'or sur les dents ici. La madame des toilettes a même des étoiles. Mais je ne sais pas si c'est incrusté dedans ou si c'est juste collé.
En effet, historiquement, et encore aujourd'hui dans les classes populaires, l'or sur les dents est l'affichage direct de sa réussite économique. Dans la culture andine traditionnelle, le compte en banque se montre sur soi. Comme le veut un dicton populaire bolivien : "Une chola sans dents en or est une chola qui n'a pas d'argent". Se faire poser de l'or était souvent le premier achat important d'une personne issue de la campagne ou de la classe ouvrière pour prouver à son entourage qu'elle avait "réussi" et qu'elle n'était plus pauvre.
La mode des dents en or a explosé en Bolivie dans les années 1950, après la Révolution nationale et la Réforme agraire de 1952. Avant cela, de nombreux paysans indigènes vivaient dans des conditions de quasi-servitude. Lorsqu'ils ont enfin eu accès à la propriété et à des salaires, ils ont cherché à imiter les anciens propriétaires terriens qui, eux, pouvaient se payer des soins dentaires en or. C'est devenu un signe d'émancipation.
La Bolivie est un pays de mineurs. Avec la nationalisation des mines, les coopératives minières se sont développées. Dans les régions aurifères (comme Tipuani ou Mapiri), les travailleurs qui trouvaient de l'or s'en faisaient faire des couronnes entières. C'était un signe d'immense prestige et un hommage direct à la Pachamama (la Terre Mère) qui leur avait offert ces richesses minérales.
Il ne s'agit pas toujours de remplacer une dent malade. Souvent, la dent saine est taillée pour y apposer une couronne décorative. Les dentistes spécialisés dans les quartiers populaires de La Paz proposent des incrustations en forme d'étoiles, de cœurs, de trèfles ou de simples liserés dorés qui encadrent la dent blanche.
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Puis on passe l'angle et on arrive sur la place principale. Il y a de la musique et des stands tout autour, mais ils sont épars. Ce sont principalement des stands d'artisanat. J'avoue que je suis un peu déçue. Je m'attendais à davantage.
On se balade parmi les stands.
Puis on arrive à l'angle opposé de la place et on constate que toutes les rues sont pleines de stands. On va donc se balader pendant bien 1h30 dans ces rues.
Malheureusement il y a beaucoup d'affaires industrielles. L'artisanat était sur la place. On va également trouver l'espace fruits et légumes. Mais pas la viande ou les bestiaux.
En fait je m'attendais à quelque chose d'exceptionnel. C'est juste un grand marché dans les rues. Mais la ville est jolie et les montagnes alentours magnifiques.
Par contre je me sens très faible avec l'altitude.
Vers 11h30 j'ai vraiment la tête qui tourne à cause du manque d'oxygène. Les filles entrent dans une boutique et je m'assieds sur le trottoir et je mange une barre de céréales. Car effectivement nous n'avons pas mangé ce matin avant de partir et je n'ai pas du tout bu. Mon corps encaisse.
Je précise donc aux filles qu'il va falloir qu'on mange rapidement car sinon je vais faire un malaise. On trouve donc un restaurant où on peut s'assoir, car je n'ai pas confiance dans les stands sur la place principale où la nourriture est entreposée dans des jarres depuis ce matin. Au début, le restaurant est vide, puis il se rempli. Je prends une soupe de poulet mais je ne pourrai pas la finir. Malgré qu'elle soit très bonne.
Clara est également sans gluten et malheureusement l'accompagnement de son plat sont des pâtes. Mais elle les mangera quand même car elles sont bien jaunes pour des pâtes de blé.
Après ça on retourne sur la place principale et on continue à se balader dans la ville. Un monsieur nous aborde, bolivien de Tarabuco, qui parle allemand ! Il discute donc avec les filles et finit par nous emmener à la vente des bestiaux en haut de la ville. Malheureusement elle est terminée et ils chargent les bêtes non vendues dans des gros camions.
Puis on revient au van car il est déjà presque 13h. On le trouve facilement, mais le chauffeur n'est pas là . Les filles s'assoient sur le trottoir pendant que je vais acheter une bouteille d'eau. J'ai enfin finit mes 500mL depuis ce matin...
A 13h15 le chauffeur arrive, mais c'est juste pour faire le tour du pâté de maison avec son van. Puis il se gare exactement au même endroit, mais dans l'autre sens par rapport à toute à l'heure. On a pas compris.
On attend la famille de 8 qui doit revenir et remplir le van. Une autre dame arrive attendre avec nous. Elle est suisse allemande et comprend le français.
Puis le chauffeur sort un bidon d'essence et se cache avec la portière ouverte pour en mettre dans son réservoir. Je pense que c'est pour ça qu'il a changé le van de sens, et que maintenant le réservoir est côté trottoir. Car de ce qu'il nous dit, il n'y a pas d'essence disponible dans le village.
Et on attend toujours. Mathilde et moi on est vraiment abruties avec l'altitude. On finit même par pleurer ! Quelle équipe !
A 14h20 la famille n'est toujours pas là . Tant pis, on décolle sans eux. Ils ont dû prendre un autre collectivo plus tôt. D'ailleurs, depuis qu'on attend, il y en a pleins qui sont partis. Mais nous avons fait le choix de rester fidèles à ce chauffeur.
Quand on quitte notre emplacement proche de la place, nous ne sommes que 5 à bord, le colectivo n'est pas du tout plein. On fait le tour de la place qui a été réouverte aux véhicules et où il n'y a presque plus de stands, puis on sort de la ville.
A la sortie de la ville, on prend plein de monde qui attendent sur le bas côté. C'est le retour du quechua dans le colectivo. Ça m'avait manqué. Je trouve ça quand même incroyable qu'ils aient réussi à conserver cette langue depuis aussi longtemps.
Et c'est aussi le retour des paysages magnifiques que nous traversons.
Mathilde expérimente son premier vrai collectivo quand on prend des gens sur le bord de la route qui font signe au chauffeur. Et quand ils demandent à descendre alors qu'il n'y a pas d'arrêt. On prend même un mec qui est arrêté en plein milieu d'une côte à côté de son gros camion. Celui ci doit être en panne.
On finit enfin par arriver. Il est plus de 16h. On a la flemme de marcher donc on commande un taxi pour retourner en centre ville. Les filles elles rentrent à pied. Puis on va se poser dans un pub sur la place principale pour prendre quelque chose à manger. En effet j'ai déjà faim.
Et on est rejointe par Amandine que Mathilde a contacté sur Facebook pour constituer un groupe pour partir au salar d'Uyuni dans quelques jours. Elle boit un thé avec nous.
Puis on se sépare et on va faire des courses dans un supermarché (ça faisait longtemps) pour ce soir et demain. Et on rentre à l'hostal. Il est 18h30.
Je me pose quelques minutes dans le lit car je me sens vraiment très faible. Et je m'endors. Pendant 1h30 ! Pendant ce temps l'adorable Mathilde fait la cuisine. Un curry incroyable.
On mange dans la cour avec Sophie, qui revient du Salar d'Uyuni et du désert d'Atacama au Chili et nous raconte son expérience.
On termine de manger à 22h puis on va se coucher. Enfin, Mathilde va se coucher, car j'ai tellement mangé que ça ne va pas être possible. Je redescends en terrasse et je rédige les journées en retard.
A 23h je monte enfin me coucher et j'éteins tout de suite.



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